LIN I-Chin

A mes yeux, la tradition ne relève  pas uniquement du passé, mais elle a une réelle existence dans la vie quotidienne. Dans une certaine mesure, la tradition peut évoluer avec le mode de vie qui change. Bien entendu, les gens de différentes époques peuvent avoir des interprétations variables sur une chose transmise de génération en génération. Ainsi la tradition n’est pas figée et la nouveauté surgit au cours du temps. En tant que chorégraphe, je vise à faire renaître, à ma manière, sur la scène contemporaine l’esprit de la tradition intrinsèquement lié à notre vie.

                                                                                                                    – LIN I-Chin

Née en 1983 à Yunlin (Taïwan), la chorégraphe LIN I-Chin s’initie à la danse dès le plus jeune âge. Elle est formée ensuite à l’Université nationale des Arts de Taipei et obtient un Master en chorégraphie. Après avoir pratiqué pendant plus de vingt ans la danse à l’occidentale, elle s’interroge de plus en plus souvent sur les relations entre sa formation et sa vie : « pourquoi cherchons-nous à apprendre à danser comme les Occidentaux sans vraiment comprendre qui nous sommes et ce qui se passe autour de nous ? ». Cette question a stimulé sa curiosité et sa sensibilité envers les observations culturelles, notamment lors de sa résidence à la Cité internationale des arts à Paris en 2010. « J’ai assisté à un spectacle à Paris. Il y avait des jeunes enfants dans la salle. Au début, je ne pensais pas qu’ils pourraient résister jusqu’à la fin, comme les enfants que j’avais rencontrés. Cependant, ils se sont tous concentrés sur la scène et personne n’est parti. » A ses yeux, cette capacité de concentration des enfants est due à l’éducation artistique et l’habitude de consommation de l’art depuis l’enfance. Par ailleurs,, elle a remarqué une connivence particulière entre la scène et la salle pendant la représentation, tout semblait tellement naturel.

Ainsi, dès son retour à Taïwan, elle a commencé à travailler sur les éléments que peuvent partager les danseurs et le public pour former son langage chorégraphique. Elle a fondé sa compagnie Bare Feet Dance Theater dont le but est de retrouver et de renouer le lien entre la danse, le corps et les cultures qui coexistent à Taïwan et d’amener le spectacle au public. Depuis 2014, elle effectue une série d’enquêtes de terrain avec ses danseurs. Ils ont essayé de toucher la vie en profondeur du peuple taïwanais à travers la pratique et les recherches de divers rituels, cérémonies, fêtes locales, tel que le rite funéraire traditionnel khan-bông (牽亡).

A l’instar de résultats de ses enquêtes, LIN I-Chin a conçu « Àn: a Project of the Body Returning Home» (ㄢˋ身體回家創作計畫). Il s’agit d’un projet à long terme qui fusionne les créations artistiques et un long processus de recherche. Aujourd’hui, elle a créé 5 spectacles qui font partie de ce projet ; ils éclaircissent chacun la piste du développement de son langage chorégraphique ancré dans la vie du peuple de Taïwan : An-the First Origin (2015), The End of the Rainbow (2016), Khing (2019), An Eternity Before and After (2019) et tsia̍h thóo (2020).

Depuis quelques années, les œuvres de LIN I-Chin a attiré une attention grandissante des spectateurs à Taïwan et elle est souvent invitée par les théâtre nationaux pour divers projets de création.

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